7e dimanche de Pâques B – 16 mai 2021

  Ac 1, 15-17. 20a.20c-26 ; 1Jn 4, 11-1 ; Jn 17, 11b-19.

                              « Moi, je prie pour ceux que tu m’as donnés ».

Chers frères et sœurs,

Le temps pascal s’achève, ce temps nous invite depuis plusieurs dimanches à demeurer dans l’Amour de Dieu, pour vivre pleinement des dons reçus de la foi.

Aujourd’hui, la Prière du Christ en Jn 17, nous présente les fruits qui découlent de ce statut d’enfant de Dieu demeurant dans son Amour : l’Unité, la Joie et la Vérité. Ces trois fruits attestent que nous sommes des témoins authentiques de l’Amour de Dieu dans le monde.

La première lecture nous montre que ce témoignage doit se vivre au sein d’une communauté organisée. Voilà pourquoi, Judas après avoir trahi Jésus, était allé à sa perte. Et Pierre comme chef de la communauté se lève et prend la parole pour choisir le successeur de Judas : « il y a des hommes qui nous ont accompagné durant tout le temps où le Seigneur Jésus a vécu parmi nous, (…). Il faut donc que l’un d’entre eux devienne, avec nous, témoins de sa résurrection » (Ac 1, 21-22). Donc, le seul critère de choix était la fidélité à suivre le Christ pour être capable de parler de lui. Et Jésus savait qu’il n’est pas facile de lui demeurer fidèle. Car Il était en face des homes qui quelques heures plus tard, vont tous l’abandonner par peur. Et c’est pour cela qu’il prie pour ses Apôtres, parce que « eux sont dans le monde », alors lui « désormais n’est plus dans le monde ». Il veut les soutenir par sa prière.

Cette Prière de Jésus en Jn 17 est centrée sur l’Unité des disciples, à l’image de l’Unité du Fils avec le Père.

Qu’ils soient un, comme nous-mêmes (Jn 17,11).

L’unité en Christ n’est pas l’uniformité, notre Dieu est trinitaire, tout en étant unique. Nous avons à vivre l’unité avec nos différences. Une unité de cœur, une unité d’Esprit, une unité d’amour malgré nos sensibilités différentes. Une paroisse qui porte du fruit est une paroisse qui vit ses charismes et ses sensibilités différentes dans l’unité et le respect de chacun.                                                   L’unité produit par elle-même son propre fruit qui est la joie qui s’oppose à la haine.

Qu’ils aient en eux ma joie et qu’ils en soient comblés (Jn 17,13). Continuer la lecture

6e dimanche de Pâques B – 9 mai 2021

Chers frères et sœurs,

On peut, sans crainte de se tromper, désigner ce sixième dimanche de pâques comme la fête de l’amour chrétien. L’expression « amour chrétien « au terme  des lectures que la liturgie  nous  propose,  est d’ailleurs un pléonasme, une ridicule répétition. Le chrétien aime ou n’est pas.

Presque à chaque ligne du court passage de l’évangile de St Jean se trouve le mot amour ou un de ses dérivés: aimer, amis…

Chers frères et sœurs,

La voie de l’amour,  c’est l’épine dorsale de la Bonne Nouvelle. Aimer Dieu et vivre en harmonie avec son prochain. L’amour  c’est la doctrine la plus simple du monde mais aussi la plus complexe à vivre et mettre en pratique. Tout le monde la comprend mais tout le monde ne la vit pas comme le christ voudrait. Jésus. Nous  invite à la vivre pleinement et la faire rayonner autour de nous.

Notre foi en Dieu se traduit concrètement dans le lien étroit entre nous. « Aimer vous les uns les autres comme je vous ai aimés « . Nous dit le Seigneur.

Nous nous  disons scandalisés par le mal dans le monde, par  la violence,  la souffrance des enfants, par  la famine dans le monde, les guerres  les épidémies…le spectacle du mal peut en éloigner beaucoup de toute croyance religieuse car il rend impossible à leurs yeux l’existence même d’un Dieu bon et tout puissant. Pourtant, lorsque nous pressentons ce scandale en nous aussi, avec tout son cortège de doutes qu’il entraîne  ne percevons nous pas qu’il peut abriter une subtile hypocrisie ?

Car enfin, pour une très large part, le mal est bien le fruit de l’homme.

Beaucoup des malheurs des hommes sont dus à l’égoïsme, à la méchanceté, à  la haine, à  la jalousie, à  l’indifférence. Et nous penserions que nous n’y sommes pour rien, nous tournant vers Dieu pour l’accuser ou le nier?

Nombreux de chrétiens font l’erreur de ne plus avoir de temps pour Dieu dans leur vie. Ils cessent de prier, de rencontrer le seigneur le dimanche, d’enseigner à leurs enfants les valeurs chrétiennes. Et lorsque l’aspect religieux a peu d’importance dans la vie  de tous les jours, petit à petit  la foi se flétri,se dessèche et meurt et immanquablement les gens deviennent  » les chrétiens non pratiquants « c’est à dire des chrétiens qui non seulement ne fréquentent plus la communauté chrétienne mais qui cesse de porter les fruits de ceux  et celles qui sont Unis au christ  comme les sarments à la vigne.

L’église, selon St Jean, est le rassemblement des amis de Dieu. Nous sommes très différents les uns des autres : nous appuyons des partis politiques divergents, appartenons à  des races distinctes, avons des revenus différents, des champs d’intérêts qui ne sont pas les mêmes…malgré nos divergences, nous formons l’église de Dieu. Ce qui nous rassemble, c’est l’amitié que Dieu a pour nous et l’amitié que nous avons les uns envers les autres.

Le christ est venu parmi nous pour nous révéler le vrai visage de Dieu. Cette découverte change notre conception du monde. Jusque-là, on croyait que Dieu avait des comptes à  régler avec l’humanité pécheresse, que le messie venait pour punir les pécheurs que nous sommes.  En Jésus christ, nous découvrons un Dieu qui est Amour, qui n’a pas des comptes à régler mais qui vient à  notre recherche afin de nous offrir son amitié. Il nous déclare son amour et nous invite à nous aimer les uns les autres.

Notre Dieu est celui qui ouvre les bras à  l’enfant prodigue, recherche la brebis perdue, accueille Marie Madeleine , s’invite chez Zachée, protège la femme adultère,  fait table commune avec les publicains et les pécheurs,  guérit l’aveugle de Jéricho, promet le paradis au bon larron, entre en contact avec les lépreux, guérit la fille de la siro-phenicienne ressuscite le serviteur du centurion romain, œuvre sur le dialogue avec la samaritaine, etc… ceux et celles qui veulent nous faire croire ou faire peur avec une fausse image de Dieu n’ont pas lu les Évangiles ou les épîtres de St Paul.

Notre Dieu qui est bon ,tendre et miséricordieux , veut être notre ami : »je vous appelle mes amis car tout ce que j’ai appris de mon père, je vous l’ai fait connaître « .

En ce jour, chers frères et sœurs, faisons nôtre la prière de St François d’Assise : » Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix,là où est la haine que j’y mette l’amour. Là où est l’offense que j’y mette le pardon. Là où est la discorde, que j’y mette l’union. Là où est l’erreur que j’y mette la vérité. Là où est le doute que j’y mette la foi. Là où est le désespoir que j’y mette l’espérance. Là où sont les ténèbres  que j’y mette la lumière et là où est la tristesse que j’y mette la joie. Amen !

Abbé Jeannot-Basile

5e dimanche de Pâques B – 2 mai 2021

Demeurer en Jésus Christ

Jn 15, 1-8

Jésus nous dit: « Moi, je suis la vigne et vous les sarments. Celui qui demeure en moi, et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruits, car, en dehors de moi vous ne pouvez rien  faire ». Qu’est-ce que cela signifie pour nous aujourd’hui ?

  1. Demeurer en Jésus Christ et lui en nous

Demeurer en Jésus Christ, c’est d’abord faire de Jésus Christ notre domicile. Il devient le lieu où nous habitons et vivons. Ensuite, nous restons en lui. Nous ne le quittons plus. Enfin, il devient l’espace dans lequel nous nous sommes sensés exister.

Jésus Christ demeurer en nous signifie que notre être et notre vie deviennent le lieu où habite Jésus Christ. Il reste tellement attaché à nous que toutes les dimensions de notre existences manifestent sa présence.

Ça veut dire que Jésus nous invite à imiter le lien plus fort qui l’unit à son Père. Comme lui-même demeure dans l’amour de son Père, Jésus invite ses disciples à demeurer dans son amour. Cette union et cette communion au Christ nous ouvrent à la paix et nous donnent la joie parfaite. Ça vaut vraiment la peine de vivre cette expérience dans notre vie d’hommes et de chrétiens !

  1. Membres du Corps du Christ et Temple de l’Esprit Saint

Comme il demeure en son Père et reste constamment uni avec lui, Jésus veut que ses disciples demeurent également en lui. Par notre baptême, nous devenons membres du Corps du Christ. Nous sommes donc désormais attachés à lui par un lien profond et vivant. C’est son Esprit Saint qui nous donne le souffle nouveau qui nous habite et nous anime. De cette façon, demeurer en Jésus-Christ nous fait participer à sa propre dignité de Fils de Dieu. Ainsi, par Jésus Christ, nous devons, à notre tour, filles et fils de Dieu et nous pouvons expérimenter la bonté du Père dans sa réponse à nos prières.

Nous demeurons dans le Christ et lui demeure en nous quand, chaque jour, nous écoutons sa Parole, quand nous le prions et quand remplissons notre vie d’amour.

  1. a) Demeurer en Dieu par l’écoute de sa Parole

Nous demeurons en Jésus Christ par l’écoute de sa Parole. Sa Parole nous est donnée chaque jour. Elle nous dit tout de Dieu. Elle nous dit qui il est, ce qu’il veut, comment il nous aime et comment il veut que nous l’aimions.

Sa Parole est une bonne nouvelle et elle est pour nous un guide. L’écoute et la lecture régulières de la Parole de Dieu nous permettent de ne pas nous éparpiller dans les plaisirs et les distractions de ce monde. Elles nous rendent attentifs au présent, à ce que vit le prochain et nous font vivre selon les recommandations du Seigneur Dieu.

C’est par l’écoute de la Parole de Jésus que ses commandements peuvent s’enraciner en nous et que nous pourrons les garder comme référence pour notre vie personnelle et comme règle pour agir envers nos frères et sœurs.

  1. b) Demeurer en Dieu par la prière

La prière nous relie à Dieu. En priant, nous écouterons Dieu qui nous parle et nous, nous lui parlons. Et, c’est du fond de notre que nous faisons monter vers lui nos demandes, nos supplications pour obtenir son pardon et nos actions de grâce.

Nous prions pour nous-mêmes afin d’être de meilleures personnes. Unis et habités par l’Esprit Saint, nous demandons à Dieu de faire de l’espace de notre cœur le lieu où se construisent et se préparent les bonnes actions que nous allons poser pour notre épanouissement, pour le bien du prochain et pour la gloire de Dieu.

Nous prions aussi pour les autres. Nous confions à Jésus les joies et les souffrances du monde. notre prière devient également un espace de charité où nous confierons à Jésus les souffrances et les préoccupations des autres et les problèmes du monde. Nous sommes ainsi comme ces personnes de l’évangile qui accompagnent un paralytique et ouvrent le toit pour le déposer devant Jésus. Ou encore comme ce centurion romain qui prie pour la guérison de son serviteur, etc.).

  1. c) Demeurer en Dieu par l’amour et en toutes circonstances

Nous avons entendu Saint Jean nous dire que nous devons aimer. « Non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité ». Ça veut dire que, c’est gardant et en vivant le commandement d’amour que Jésus Christ nous a légué, que nous demeurons vraiment en lui et lui en nous.

Nous sommes appelés à demeurer en lui et lui en nous en toutes circonstances. Demeurer en lui quand tout va bien pour nous. Mais aussi demeurer en lui quand nous traversons les épreuves. Dans les Actes des Apôtres, nous avons l’exemple de Saul (Paul) récemment converti qui subit des épreuves et de menaces. Il restera pour toujours attaché à Jésus jusqu’au martyre.

Nous ne devons pas demeurer en Dieu et lui en nous uniquement dans quelques aspects de notre vie comme le moment où nous prions, où nous écoutons la Parole de Dieu et où nous sommes à l’église. Ce sont tous les domaines de notre vie qui doivent être habités par notre communion à Jésus Christ. Notre vie affective, familiale, professionnelle, notre temps de sport comme celui de nos vacances et de nos loisirs, tout devrait être imprégné de la présence du Christ et la révéler.

La fréquentation régulière des sacrements, spécialement ceux de l’Eucharistie et de la réconciliation, nous permettra de garder constamment notre unité et notre communion avec Jésus Christ et son Père.

  1. Le bénéfice de cette intimité avec Dieu

Jésus nous dit clairement: « Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire ».

Cela veut dire que notre unité et notre communion au Christ sont une garantie que nos paroles et nos actions produirons de bons fruits. Si nous continuons à être reliés à Jésus, nous produirons les fruits de l’Esprit Saint : « la charité, la joie, la paix, la patience, la bonté, … » (Galates 5, 22).

Ce qui nous épanouira nous-mêmes comme personnes humaines. Et, en étant habités par l’Esprit de Jésus Christ nous ferons ce qui est bien et juste. Nous répondrons à la mission pour laquelle Dieu nous a mis au monde. Nous donnerons un sens à notre existence et nous manifesterons au monde la gloire de Dieu.

*

L’évangile de ce jour nous invite à faire de Jésus Christ l’espace où nous habitons et de faire de notre vie le lieu où Dieu manifeste sa présence au monde. Demandons au Père tout-puissance la grâce d’être tellement unis à Jésus Christ de telle manière que notre manière d’être, de vivre et d’agir soit le témoignage rayonnant de sa présence sur la terre et de son amour pour tous les hommes.

 

Abbé Étienne Kaobo Sumaidi

Gembloux le 02 mai 2021.

4e dimanche de Pâques B – 25 avril 2021

« Ecoutez le bon Berger … »

Aujourd’hui, nous célébrons le dimanche du Bon Berger. Ce Dimanche nous envoie en premier lieu à l’attitude des brebis qui doit être d’écouter la voix du Berger et de le suivre. Ecoutez avec attention, obéir à sa parole, le suivre avec une résolution qui engage toute l’existence : la compréhension, le cœur, toutes les forces et toutes les actions, en suivant les pas du bon Berger. Le Christ est le véritable bon Berger qui a donné sa vie pour ses brebis (cf. Jn 10,11), en s’immolant sur la croix. Il connaît ses brebis et ses brebis le connaissent, comme le Père le connaît et comme Il connaît aussi le Père.

L’évangile nous dit :« Les brebis connaissent et écoutent sa voix » : Pour que notre identité nous soit révélée, il est nécessaire d’être attentif pour reconnaître la voix du Bon Berger parmi toutes celles qui peuvent résonner dans notre vie. Alors il est bon de se demander à quelles voix nous sommes le plus sensibles et qui est le Berger que nous écoutons le plus volontiers. Car il en va de notre vie.

Soyons donc attentifs à la qualité de la voix du Berger, à nos choix, à nos réponses et à nos décisions. Au besoin, n’hésitons pas à discerner avec l’aide de l’Esprit Saint celui que nous pouvons suivre comme référence et bon Berger, qui a donné réellement  sa vie pour nous. Jésus accomplit alors la grande mission que le Père lui a confiée, qui est la protection de ses brebis avec une fidélité qui ne permettra à personne de les prendre de ses mains. C’est ici que nous trouvons la force et l’assurance  face aux difficultés de la vie, nous, qui sommes un troupeau faible et soumis à différentes épreuves sous la protection du bon Berger.

Dimanche du bon Berger, autrement aussi dimanche des Vocations. C’est une journée d’invitation à la réflexion : quand on parle de vocation, on parle de ce qui touche l’être humain au plus intime de sa liberté. C’est aussi une journée d’invitation à la prière. Pour qu’une liberté humaine découvre son chemin, elle a besoin d’être éclairée et stimulée. C’est le rôle de l’Esprit Saint.

Le mariage étant aussi une vocation, il constitue une réponse à l’appel spécifique à vivre l’amour conjugal comme signe  de l’amour entre le Christ et l’Église. Par conséquent la décision au mariage et à une famille doit être le fruit d’un discernement vocationnel. Il est inscrit dans la nature même de l’homme et de la femme.

Ensemble avec la vierge Marie, appelons alors ce bon Pasteur qui est son fils Jésus  à être une lumière sur notre vocation, sur le Pape, les évêques, les prêtres, les diacres  ainsi que sur  les baptisés pour qu’ensemble nous soyons toujours au rendez-vous du grand mystère de notre Foi.

Magloire,ofm

Le Père Magloire Nyembo Kahambwe a rejoint récemment l’équipe des prêtres de l’Unité Pastorale de Gembloux. Il réside à Grand-Manil. 

3e dimanche de Pâques B – 18 avril 2021

Ac 3,13-15.17-19 ; 1 Jn 2,1-5a ; Lc 24,35-48.

« Il ouvrit leur intelligence à la compréhension des écritures » ( Lc  24,45).

Chers frères et sœurs,

Si l’Évangile  de ce dimanche nous raconte avec tant de détails ce récit des disciples d’Emmaüs, c’est sans doute pour nous inviter à nous projeter dans le désespoir de ces deux disciples.

Après la mort de Jésus, ses disciples avaient un sentiment que leur vie n’avait plus de sens ; tout espoir était perdu. Leur aventure avec Jésus s’est arrêtée au sommet du mont Golgotha. Deux d’entre eux ont décidé de quitter Jérusalem pour rentrer à Emmaüs. Ils marchaient sur la route tout triste ; complètement déçus par la mort de Jésus ; car rien ne justifiait sa mort ; lui qui était pourtant si puissant par ses actes et ses paroles. C’est tellement injuste de la part des autorités juives de le faire mourir ; d’autant plus qu’elles auraient dû pouvoir interpréter les écritures, mais ils étaient aveuglés. « Vous avez agi dans l’ignorance, vous et vos chefs ». Il y a une différence entre attendre le Messie et reconnaître qu’il est là ! Comment les « autorités » juives    (l’institution, les grands prêtres) auraient-elles pu y croire? Ce n’était pas possible. C’est pour cela que Jésus devait mourir et ressusciter pour provoquer un choc qui change les cœurs.

Non seulement que la mort de Jésus était injuste comme Pierre l’a dénoncée dans les Actes des apôtres : « vous avez renié le saint et le juste, et vous avez demandé qu’on vous accorde la grâce d’un meurtrier » (Ac 3,14) , mais en plus elle a déçu les attentes de ses disciples : « Et nous qui espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël » (Lc 24,21).

Curieusement, un compagnon les rejoint sur leur chemin. Il ne s’impose pas, il leur laisse le temps d’exprimer leur déception et aussi leur stupéfaction suite aux dires de « quelques femmes comme quoi Jésus serait vivant ». C’est alors que Jésus leur parla : « Esprit sans intelligence. Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit. Ne fallait-il pas que le Christ souffrît sa passion pour entrer dans sa gloire ? » ( Lc 24,46). Ces paroles de Jésus à la fois touchent le cœur de ces disciples et change leur regard. Mais ils ne le reconnaissent pas encore parce que le chagrin, l’angoisse et la tristesse avaient fermé leurs yeux.    Au moment d’entrer dans l’auberge, les disciples demandent à Jésus : « reste avec nous car il se fait tard » (Lc 24 ,29).

Finalement, après leur avoir parlé et partagé le pain qu’ils l’ont reconnu : « il ouvrit leur intelligence à la compréhension des écritures ». Nous avons besoin des enseignements en ces jours qui nous rappel de vivre le commandement d’amour et du pardon  pour garder notre intelligence ouverte aux mystères de l’écriture.

Frères et sœurs, les disciples d’Emmaüs, c’est nous bien entendu, nous qui pouvons aussi avoir des attentes totalement déçues, ou des crises intérieures conséquentes à des injustices de tous ordres. Nous qui sommes tristes pour de multiples raisons.

Par ce récit, le Christ nous rassure de sa présence, il est là, notre compagnon de route. Il ne vient pas pour nous éviter les souffrances qui jalonnent plus ou moins toute notre vie, mais il entend simplement partager ce que nous vivons et faire entrer dans les divers événements de notre vie, la puissance de son Espérance et de sa Résurrection.

En ce temps de crise, où nous n’entendons parler que des morts, des dépressions, d’échecs, nous cherchons la présence du Christ ; et pourtant il est là, il marche avec nous pour réchauffer nos cœurs, les rendre brûlants. Il nous parle et en particulier par les écritures. Mais comment le reconnaître ? Car souvent la tristesse, l’angoisse nous empêchent de reconnaître que nous ne sommes pas seuls. seuls.                                Invitons le Christ dans notre vie, il nous ouvrira les yeux de la foi pour le reconnaître dans la parole de l’Évangile et dans le partage avec le pauvre, avec celui qui souffre et le prisonnier.

En retournant aujourd’hui à notre Jérusalem (nos maisons, nos lieu des rencontres et du travail), soyons des témoins de la Résurrection du Christ lui qui est « notre défenseur devant le père » (1 Jn 2,1). Amen

Abbé Hugues MBATIZOMA

2e dimanche de Pâques B – 11 avril 2021

Aujourd’hui la liturgie nous présente une figure bien attachante, celle de Thomas. Un personnage si vrai, si spontané, que le langage populaire s’en est emparé. Pour désigner quelqu’un qui manifeste grande prudence et ne peut avancer qu’un pied après l’autre,  on dira volontiers de lui: c’est vrai saint Thomas.

Quelques jours après sa mort,  Jésus est apparu une première fois à ses disciples. Ils l’on accueilli avec crainte et tremblement. Jésus éprouve le besoin de leur dire : »la paix soit avec vous !  » Puis leur joie éclate lorsqu’ils réalisent que les annonces que Jésus avait faites de sa résurrection se sont vérifiées exactement. L’un d’entre eux n’était pas avec eux à ce moment-là. Thomas, précisément. Lorsque Thomas les rejoint, Jésus n’était plus là. Mais tous lui disent qu’ils l’ont revu vivant. Thomas hésite. Puis, au lieu de se joindre à la joie de tous, il déclare que tant qu’il ne l’aura pas vu de ses yeux, il ne pourra croire.

Cette épisode est très fort puisqu’il introduit une note négative dans un contexte qui pourrait paraître euphorique et merveilleux. Un accent réaliste, pessimiste, dans un ensemble fait de joie. L’exaltation collective est ainsi exorcisée et ce n’est pas  le moindre intérêt de ce point du récit. Il en est pourtant un autre.

Thomas nous dit que l’acte de foi n’est aussi facile. Comme cela est consolant pour nous tous ! Peut-être, à force d’habitude et de routine, le mot résurrection ne nous dit plus l’aberation de cette affirmation : » le seigneur est ressuscité. »

Il fut même un temps, dans l’histoire de l’église, où ceux qui ne croyaient pas passaient pour des gens de mauvaise volonté, des marginaux. Parfois même on tentait de les éliminer tant ils paraissaient être des sous-hommes.

Et pourtant, l’aberration, c’est la foi. Le naturel, c’est l’incrédulité. Ils le comprirent bien, les chrétiens des premières générations qui eurent à  affronter la persécution sans cesse renaissante au cours des quatre premiers siècles.

Mais lorsque vint le succès de la mission et l’Eglise devint une forme de civilisation et la religion d’Etat, les rôles s’inverserent. Dans une affirmation faussement évidente, on en vint à  penser qu’il était simple de croire.

Aujourd’hui, et c’est heureux, cette fausse évidence est levée. Non seulement nos sociétés s’installent dans l’incroyance, mais encore, ce sont les croyants qui passent pour être des fous. Dans nos cultures, il devient de plus en plus incroyable de croire. Et pourtant il reste des croyants  on peut même dire beaucoup de croyants . Pour eux cependant, comme pour tous les vrais croyants de toujours, la foi n’est pas une évidence. Si elle devient une certitude, c’est bien la certitude d’un don reçu,d’une lumière venue d’en haut, d’une grâce. D’où leur respect pour l’homme incroyant. De là vient aussi leur imploration afin que le don qu’ils ont reçu soit donné à tous. Cette imploration n’est pas seulement une prière. Elle devient communication, évangélisation. Comment, en effet, lorsqu’on a reçu soi-même une immense gratification  oui,comment ne pas faire part  à  tous ceux que nous rencontrons, la Bonne Nouvelle que nous avons reçue ?

Jésus dit à Thomas : »Bienheureux ceux qui croiront sans avoir vu. »

Il est important de souligner cette parole de jésus. Elle nous indique en effet que le souci de Jésus, le souci des disciples qui ont écrit les Évangiles, était bien de faire comprendre à  tous ceux qui n’avaient pas rencontré le Seigneur lors de sa venue sur terre que la situation n’était pas plus difficile que celle des apôtres, premiers témoins. Disant cela, Jésus pense à nous qui au 21ème siècle après les apôtres, avons reçu la même illumination qu’eux. Si nous accordons importance à ce que voient nos yeux, alors, c’est vrai, les apôtres sont mieux lotis que nous puisque ils ont vu Jésus. Mais si nous croyons que la foi, même  pour les apôtres est un don de Dieu, alors nous sommes logés à la même enseigne. Notre action de grâce rejoint celle des fondateurs de l’église. Notre énergie peut être la même et nous pouvons devenir, à notre tour, des fondateurs d’églises en nôtre 21ème siècle. L’Eglise de tous les temps se trouve ainsi rassemblée dans l’unique don de Dieu, dans l’unique joie de Dieu. Nos lenteurs à croire  comme ce fut le cas de Thomas, se trouvent elles-mêmes converties en grande compréhension pour tous ceux à qui, mystérieusement, le même don n’a pas encore été fait. Amen !

Abbé Jeannot-Basile

Dimanche de la Résurrection B – 4 avril 2021

Croire au Christ ressuscité et témoigner de l’espérance qui nous habite              Jn, 20  1-9

Le Christ Jésus est ressuscité d’entre les morts  et la mort n’a plus aucun pouvoir sur lui. Il est vivant pour toujours. Ainsi, si nous croyons en lui, nous aussi nous ressusciterons, nous serons toujours vivants et lui nous donnera la vie en plénitude.

La résurrection du Christ fonde ainsi la foi des Apôtres et la nôtre, comme disait saint Paul : « Si le Christ n’est pas ressuscité, alors notre foi est vaine ». Et en fondant ainsi notre foi, la résurrection du Christ soutient notre espérance à travers notre marche sur la terre. C’est pourquoi nous voulons partager aux autres notre espérance.

  1. Voir le tombeau vide et croire en la résurrection

Saint Jean nous rapporte que lorsque le disciple que Jésus aimait entra dans le tombeau : « Il vit et cru »

La foi de ce disciple qui est un peu éloignée de la remarque de l’Apôtre Thomas qui disait aux autres disciples : « Tant que je ne vois pas ses mains avec la marque des clous et que je ne mets pas la main dans son côté, je ne crois pas (Jn 20,25-26).

Voir et croire et un réel problème dans lequel se situaient les disciples du Christ, et nous aussi parfois. Pour l’Apôtre Thomas « voir » signifiait pour lui avoir la preuve matérielle de la résurrection de Jésus de Nazareth. Voir Jésus en train de ressusciter, aurait été pour Thomas la preuve irréfutable. Continuer la lecture

Dimanche des rameaux B – 28 mars 2021

Le denier cri de Jésus sur la croix

Dans le récit de la passion de Jésus que nous lisons ce dimanche, nous entendons Jésus crier. Il crie en s’adressant à Dieu au moment de mourir. Il ne s’agit pas d’un cri de désespoir mais d’une expression sincère de sa foi au Père et de son espérance en la Providence divine. C’est un exemple qui est donné aux hommes confrontés à la souffrance.

  1. Cri de douleur et de foi

Sur la croix, avant de mourir, Jésus dit: « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ». En réalité, Jésus reprend la première phrase du psaume 21. Si nous lisons ce psaume dans son ensemble, nous découvrirons qu’il exprime effectivement la douleur et la souffrance ressenties par Jésus. Mais aussi la foi d’un homme qui s’abandonne totalement à Dieu, car son salut dépend de Dieu seul. Continuer la lecture

5e dimanche de Carême B – 21 mars 2021

Nous voudrions voir Jésus

 Jr 31,31-34 ; Ps 50 ; He 5,7-9 ; Jn 12,20-33

Chers frères et sœurs,

Avec ce cinquième dimanche de Carême, nous nous avançons à grands pas vers Pâques. Jésus commence à ressentir le poids de son sacrifice ; pourtant, résolument, il va au-devant de ses souffrances pour affronter sa mort qui l’amènera à la vie.

En effet, l’Evangile de ce dimanche nous prépare à célébrer la résurrection du Christ, fondement de notre foi chrétienne. Mais avant de pouvoir renaître spirituellement dans le Christ, nous sommes appelés à revoir notre Alliance avec le Seigneur. Ce n’est qu’à cette condition que nous nous parviendrons à la vie éternelle.

Dans la première lecture, nous découvrons que le Seigneur a fait Alliance avec son peuple ; mais ce dernier n’a pas respecté le contrat, il a préféré se détourner du Seigneur. Et malgré son infidélité, le Seigneur est resté fidèle.

« Voici venir des jours où je conclurai une Alliance nouvelle » (Jr 31,31).

Cette Alliance est nouvelle en Jésus mort et ressuscité ; mais elle est aussi éternelle, comme nous le dira Saint Jean dans son prologue le jour de Pâques. Continuer la lecture

4e dimanche de Carême B – 14 mars 2021

Élevé,

Est le thème qu’Entraide&Fraternité nous propose à méditer en ce 4ème dimanche de carême B.

La croix qui en est l’expression nous y invite. Et comme nous le dit l’Entraide & Fraternité dans son commentaire sur le thème d’Elevé,  je cite : »la croix est une élévation…Et ce qui transforme l’humiliation de la croix en élévation, ce qui fait d’un instrument de la mort une source de vie, c’est l’amour immense dont Dieu riche en miséricorde aime le monde. En levant les yeux vers Celui qui est ainsi élevé, ce n’est pas seulement d’une maladie que nous sommes guéris, c’est de la mort. Et pas d’abord de la mort corporelle à laquelle nul humain ne peut échapper, mais de la seconde mort qui nous perd tout entier, de l’anéantissement de tout ce qui nous fait vivants. Avec le crucifié élevé, ressuscité, nous sommes aussi ressuscités.  »

La passage de l’épître aux Ephésiens que nous avons lu ou nous lirons le doigt y est mis sur trois points essentiels de la Foi chrétienne. 1.C’est par la grâce que nous sommes sauvés. 2. Vous êtes sauvés parce que vous avez la foi. 3.La foi est le don de Dieu.

Un des refrains de l’enseignement de St Paul est celui par lequel il redit que l’homme est sauvé par grâce. Ce mot, dans nos esprits, est parfois devenu obscur. Nous pensons facilement qu’il s’agit d’un terme technique de la théologie. Tout à l’inverse, il s’agit d’un mot simple dont le sens est celui que nous employons tous les jours lorsque nous disons que quelque chose est « gratuit « .La grâce c’est quelque chose de gratuit, que nous n’avons pas mérité, que nous n’avons pas acheté, qui nous est donné. Une bonne traduction du mot grâce est le mot « cadeau « .

Dire que tout est grâce, c’est dire que la vie nous a été donnée comme un cadeau ;c’est dire que tout ce que comporte notre vie, est un cadeau.

Aujourd’hui, St Paul précise que si nous sommes sauvés un jour, c’est à dire si notre mort inévitable nous ouvre à la vie éternelle en Dieu, ce sera encore par cadeau.

Pour les hommes religieux, l’annonce que tout est grâce n’est pas évident. Il y a en effet une longue habitude des hommes, à travers toutes les religions, qui voudrait l’inverse. Spontanément, en effet, nous imaginons que nos relations à Dieu  sont calquées sur les relations dont nous avons pris l’habitude entre nous :rien pour rien. Si nous demandons quelque chose à Dieu, il faut lui proposer autre chose en échange. Nous tombons alors sur le faux sens du mot sacrifice :les dons de Dieu sont à acheter. Si nous voulons obtenir quelque chose de Dieu, il faut proposer à Dieu autre chose, à quoi nous tenons. Nous voici, en matière de vie religieuse, dans une relation mercantile avec Dieu.

Certe cette conviction ne manque pas de générosité, voire d’héroïsme. Mais toute la Bible nous apprend que si nous pensons cela,nous sommes parfaitement à côté de la plaque. Qu’est donc l’homme pour proposer un marché à Dieu ?Avec Dieu  tout est cadeau, tout est grâce.

Cela voudrait dire alors qu’aux yeux de Dieu  l’homme n’est capable de rien ? Bien sûr que non ! La première lecture du livre des chroniques, (36,14-16.19-23) nous indique le contraire puisque nous y voyons le drame de Dieu contraint de retirer à son peuple les dons qu’il lui a faits, contraint, plus exactement, à ne plus pouvoir continuer à lui prodiguer ses dons. La terre qu’Il avait donnée à Israël, Dieu se voit obligé de la lui retirer et de permettre l’exil du peuple loin de la terre promise. Nous parlons alors d’une punition. Peut-être ! mais pas au sens arbitraire de nos punitions humaines. Que s’est il donc passé ?

Tout simplement, pour que les dons de Dieu puissent couler de lui jusqu’à nous, il est nécessaire que nous leur ouvrions notre cœur. Les dons de Dieu ont  nécessairement besoin de trouver en nous l’accueil, le désir. Dieu a nécessairement besoin de notre confiance. Il ne peut pas combler un cœur saturé ou fermé. Et ce n’est pas sa faute à lui. C’est bien la faute du cœur qui se ferme si Dieu ne peut plus le combler.

Cette ouverture du cœur, cet accueil nécessaire à Dieu, cela s’appelle la foi. La foi consiste précisément en ceci :ne plus faire confiance à nos seules forces,mais faire enfin confiance à la parole, à la promesse de Dieu. La foi c’est prendre acte de notre nullité puisque tout ce que nous sommes, tout ce que nous avons, c’est parce que Dieu a bien voulu nous le donner. La foi consiste donc à maintenir notre désir tout entier branché sur Dieu qui sait, mieux que nous, ce dont nous avons besoin.

On peut alors comprendre combien le péché et la foi sont antinomiques. Le péché consiste à croire en la seule force de l’homme, au seul jugement de l’homme. Rappelons-nous. A propos de l’arbre qui était au milieu de l’Eden,Dieu avait dit: » tu n’en mangeras pas « .Adam et Eve pensaient, à l’inverse : le fruit est beau et bon à manger. Ils préférerent écouter leur jugement propre plutôt que d’écouter la parole de Dieu. Tout à l’inverse Abraham,bien installé et riche  pensait certainement : pourvu que cela dure. Dieu vient lui dire : »quitte ton pays « il préfèra écouter la parole de Dieu plutôt que d’obéir à son jugement propre. Il devint le premier et le père des croyants. Il fit exactement la seule chose que l’homme peut faire pour permettre à Dieu de l’inonder de sa vie et de ses dons :Croire en Dieu.

Le message du carême est un message d’espérance :notre vie n’est pas un voyage sans but et sans espoir. Notre vie n’est pas une passion inutile, comme disait Jean Paul Sartre. Autour du pain et de la Parole de Dieu, nous nous rassemblons chaque dimanche pour célébrer notre espérance chrétienne : »Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son fils unique afin que celui qui croît en lui ne meure pas mais qu’il ait la vie éternelle « .Amen !

Abbé Jeannot-Basile